Arrêt maladie : comment toucher 100 % de son salaire (maintien et mutuelle)

//

Julie Lambert


Un arrêt maladie ne devrait pas se transformer en chute de revenus imprévisible. Pourtant, beaucoup de salariés découvrent trop tard que leurs indemnités journalières ne couvrent qu’une partie de leur rémunération, et que le complément de salaire dépend d’un empilement de règles parfois opaque. Entre la Sécurité sociale, le maintien de salaire légal, la convention collective, la mutuelle santé et la prévoyance, il devient difficile de savoir si l’on peut réellement toucher 100 % de son salaire pendant un congé maladie. L’enjeu est très concret : payer un loyer, continuer à rembourser un crédit, assumer les dépenses du quotidien.

Pour retrouver une marge de manœuvre, il faut accepter de rentrer dans le détail. Le cadre légal fixe une base minimale, souvent loin du salaire habituel ; ce sont ensuite votre secteur d’activité, votre ancienneté et les contrats souscrits par votre entreprise qui font la différence. Certains salariés sont intégralement couverts dès le premier jour, quand d’autres tombent à 50 % du brut au bout d’une semaine. Derrière ces écarts, on retrouve toujours les mêmes leviers : conditions d’ouverture des droits aux indemnités journalières, règles de maintien de salaire, garanties de prévoyance, gestion des délais de carence et statuts particuliers (ALD, accident du travail, CDD, fonction publique, etc.).

Ce texte propose une méthode très concrète : comprendre étape par étape ce que verse la Sécurité sociale, ce que complète l’employeur, ce que prend en charge la prévoyance et comment la mutuelle santé intervient en toile de fond. À travers des exemples chiffrés, le parcours d’un salarié type et des cas particuliers fréquents, l’objectif est de donner des repères actionnables : quoi vérifier sur la fiche de paie, quelles clauses rechercher dans la convention collective, quels réflexes adopter dès la prescription de l’arrêt. L’idée n’est pas de promettre des miracles, mais d’outiller les droits des salariés pour limiter au maximum la perte de revenu.

En bref

  • Base obligatoire : les indemnités journalières de la Sécurité sociale couvrent environ 50 % du salaire brut, avec un plafond autour de 42,97 € bruts par jour et un délai de carence de 3 jours.
  • Complément légal de l’employeur : sous conditions d’ancienneté et de délai de carence de 7 jours, la loi impose un maintien de salaire partiel (90 % puis 66,66 % du brut).
  • Convention collective : c’est souvent elle qui permet d’atteindre 100 pour cent du salaire en arrêt maladie en supprimant la carence ou en prolongeant le maintien.
  • Prévoyance et mutuelle santé : le contrat de prévoyance comble le reste du revenu, tandis que la mutuelle santé prend en charge les frais médicaux, pas le salaire.
  • Situations spécifiques : affections longue durée (ALD), accidents du travail, fonction publique, CDD, temps partiel… les règles bougent et peuvent être plus favorables.

Arrêt maladie et indemnités journalières : ce que verse réellement la Sécurité sociale

Commençons par le plus important : sans indemnités journalières versées par la Sécurité sociale, aucun dispositif de maintien de salaire ne tient. La première question à se poser lors d’un arrêt maladie est donc la suivante : « Suis-je bien indemnisé par mon régime de base ? ». Tout le reste vient ensuite en complément. Cette première brique financière est plus technique qu’il n’y paraît, car elle dépend de conditions d’activité, de plafonds de salaire et de durées maximales de versement.

Concrètement, les IJ maladie représentent 50 % du salaire journalier de base. Pour un salarié payé au mois, ce salaire journalier est calculé à partir de la moyenne des trois derniers salaires bruts, divisés par 91,25. Si un salarié a touché 2 000 € bruts par mois sur les trois mois précédant l’arrêt, la Sécurité sociale retient 6 000 € / 91,25, soit 65,75 € de salaire journalier de base. L’indemnité journalière sera alors de 32,87 € bruts. C’est très inférieur au salaire habituel, et cela explique pourquoi le complément de salaire de l’employeur et de la prévoyance devient vite décisif.

Un plafond vient limiter encore plus ces montants. Depuis les réformes récentes, le salaire pris en compte pour le calcul du gain journalier de base est limité à 1,4 fois le Smic mensuel. En 2026, cela tourne autour de 2 613,82 € bruts. Même si quelqu’un gagne 3 500 €, la base de calcul reste bloquée à ce plafond. Résultat : le salaire journalier de base est d’environ 85,93 €, et l’IJ maximale autour de 42,97 € bruts par jour. Le reste de la rémunération devra donc être couvert par d’autres dispositifs si l’on veut se rapprocher de 100 %.

Ces droits ne s’ouvrent pas automatiquement. Pour un arrêt de moins de 6 mois, il faut, au jour de l’interruption de travail, soit 150 heures travaillées sur les 3 mois ou 90 jours précédents, soit des cotisations calculées sur un salaire au moins égal à 1 015 fois le Smic horaire sur les 6 derniers mois. Pour des arrêts de plus de 6 mois, les conditions montent d’un cran : 12 mois d’affiliation à la Sécurité sociale et au moins 600 heures dans l’année, ou un salaire au moins égal à 2 030 fois le Smic horaire sur 12 mois. En cas de travail saisonnier ou discontinu, les mêmes seuils de 600 heures et de 2 030 Smic horaires s’appliquent.

Détail souvent ignoré : certaines périodes non travaillées comptent comme du travail pour l’ouverture des droits. Les jours indemnisés par la Sécurité sociale pendant un précédent arrêt maladie, un congé maternité ou un accident du travail sont, par exemple, assimilés à 6 heures de travail salarié par jour. Cela permet à des salariés fragilisés d’atteindre malgré tout les 150 ou 600 heures nécessaires. En revanche, un point de vigilance s’impose sur la prescription de l’arrêt : depuis la mise en circulation des nouveaux formulaires Cerfa sécurisés, les anciens modèles papier, scans ou photocopies ne sont plus acceptés.

A lire également :  Journée de solidarité 2024 : quelle date et combien d'heures travaillées ?

À côté du montant, la question du délai de carence compte aussi. Pour la maladie, trois jours calendaires ne sont pas indemnisés au début de chaque arrêt. Un salarié arrêté du 1er au 30 juillet recevra donc des IJ à partir du 4 juillet. Ce délai n’existe pas si un nouvel arrêt intervient moins de 48 heures après une reprise, ni en cas d’affection de longue durée reconnue. Les IJ sont versées tous les 14 jours, pour chaque jour calendaire d’interruption, samedi et dimanche compris, dans une limite de 12 mois sur 3 ans ou de 3 ans en cas d’ALD.

Pour y voir clair, un tableau récapitulatif des grands repères liés aux IJ maladie peut servir de boussole.

Élément Règle générale en arrêt maladie
Taux des indemnités journalières 50 % du salaire journalier de base (plafonné)
Plafond de salaire pris en compte 1,4 Smic mensuel, soit environ 2 613,82 € en 2026
Délai de carence Sécurité sociale 3 jours par arrêt (sauf ALD, AT/MP, enchaînement à moins de 48 h)
Durée maximale de versement (hors ALD) 12 mois d’IJ par période de 3 ans
Conditions d’activité (arrêt < 6 mois) 150 h sur 3 mois ou salaire ≥ 1 015 Smic horaires sur 6 mois
Conditions d’activité (arrêt > 6 mois) Affiliation 12 mois + 600 h sur 12 mois ou salaire ≥ 2 030 Smic horaires

Une fois ce socle posé, la question centrale devient : comment compléter ces montants, parfois très éloignés du salaire net perçu en activité. La réponse se joue d’abord au niveau de l’employeur et de la convention collective, puis de la prévoyance et de la mutuelle santé.

découvrez comment bénéficier d'un arrêt maladie tout en percevant 100 % de votre salaire grâce au maintien de salaire et à la mutuelle. guide complet pour sécuriser vos revenus pendant votre absence.

Maintien de salaire légal, convention collective et prévoyance : assembler les briques pour atteindre 100 %

Le socle de la Sécurité sociale étant loin du compte, ce sont les règles de maintien de salaire qui font basculer le revenu vers 90 % puis vers 100 %. La première couche vient du Code du travail : depuis la loi de mensualisation de 1978, l’employeur doit verser un complément de salaire en cas d’arrêt maladie, si plusieurs conditions sont remplies. Contrairement à une idée tenace, ce maintien n’est pas réservé aux CDI : un salarié en CDD y a droit dès lors qu’il remplit les critères d’ancienneté et d’indemnisation par la Sécurité sociale.

Pour bénéficier du complément légal, il faut au moins un an d’ancienneté dans l’entreprise, être pris en charge par la Sécurité sociale (donc percevoir des IJ) et avoir transmis son arrêt à l’employeur dans les 48 heures. Un délai de carence de 7 jours s’applique ensuite, ce qui crée une zone grise : entre le 4e et le 7e jour, le salarié ne touche que les IJ, soit environ 50 % de son brut. À partir du 8e jour, le maintien légal s’active : pendant une première période, le salarié perçoit, IJ + complément compris, 90 % de la rémunération brute qu’il aurait perçue s’il avait travaillé ; pendant la deuxième, ce taux descend à 66,66 %.

La durée de ces périodes dépend directement de l’ancienneté. Entre 1 et 5 ans, le total est de 60 jours de maintien (30 jours à 90 %, puis 30 à 66,66 %). Entre 6 et 10 ans, on passe à 80 jours (40 + 40), et ainsi de suite jusqu’à 180 jours (90 + 90) pour plus de 31 ans d’ancienneté. Si un salarié a déjà été indemnisé pour un arrêt maladie dans les 12 mois précédents, ces durées sont réduites du nombre de jours déjà couverts. Côté calcul, l’employeur déduit toujours le montant théorique des IJ et, le cas échéant, de la prévoyance, pour arriver au pourcentage souhaité.

La loi pose donc un filet de sécurité, mais elle ne garantit pas le maintien à 100 pour cent du salaire. Ce rôle revient, dans la plupart des cas, à la convention collective et aux accords d’entreprise. D’ailleurs, la plupart des secteurs organisés (banque, assurance, métallurgie, pharmacie, etc.) ont choisi d’augmenter fortement le niveau de maintien. Certains suppriment purement et simplement le délai de carence patronal, d’autres garantissent 100 % du brut ou du net dès le premier jour, parfois sans condition d’ancienneté.

Un exemple typique : dans certaines branches de la métallurgie, les cadres avec plus de 15 ans d’ancienneté peuvent bénéficier d’un maintien à 100 % pendant 180 jours, puis à 50 % pendant 180 jours supplémentaires. Dans la banque ou l’assurance, il n’est pas rare de voir un maintien intégral sans carence, avec intervention de la prévoyance au-delà d’un certain délai. Pour un salarié payé 3 000 € bruts, cela fait la différence entre un revenu net quasi inchangé et une perte sèche de plusieurs centaines d’euros par mois.

La prévoyance vient compléter cet édifice. Elle prend la forme d’un contrat collectif obligatoire ou d’un contrat individuel, financé par des cotisations partagées ou personnelles. Sa fonction est simple : ajouter un niveau d’indemnisation pour ramener le revenu du salarié à 90 % ou 100 % de son net, en combinant IJ, complément légal ou conventionnel et rente de prévoyance. Ce troisième pilier devient décisif pour les arrêts de moyenne ou longue durée, lorsque les droits légaux commencent à s’épuiser.

Pour y voir clair dans son propre dossier, un salarié peut adopter une démarche concrète en cinq temps :

  1. Identifier sa convention collective (bulletin de paie, contrat, affichage obligatoire) et lire les clauses « arrêt maladie » et « maintien de salaire ».
  2. Demander à son service RH la notice de prévoyance et repérer la garantie « incapacité temporaire de travail » et son taux de remplacement du salaire.
  3. Vérifier sur sa fiche de paie l’existence d’une ligne de cotisation prévoyance et le taux appliqué.
  4. En cas d’arrêt, s’assurer du respect des délais de 48 heures pour déclencher à la fois les IJ et le complément employeur.
  5. Contrôler les bulletins de salaire des mois d’arrêt et comparer le net perçu au net habituel.

Au passage, ce travail d’audit a des effets collatéraux utiles. Certains découvrent par exemple que leur contrat de prévoyance les couvre aussi en cas d’invalidité ou de décès, ce qui peut influencer des choix de carrière ou de temps de travail. D’autres constatent que malgré un maintien confortable en arrêt maladie, la fin de contrat pourrait être financièrement plus rude, et se tournent vers des ressources comme le guide sur le solde de tout compte ou encore sur le montant d’une indemnité de licenciement pour sécuriser l’ensemble de leur parcours professionnel.

A lire également :  Passer du brut au net : la méthode de calcul et les taux à connaître

En toile de fond, la mutuelle santé ne joue pas sur le montant du salaire maintenu, mais sur les dépenses de santé restant à charge. Une bonne complémentaire réduit l’impact des franchises, dépassements d’honoraires et frais non remboursés, ce qui contribue indirectement à préserver l’équilibre financier pendant un congé maladie. La prochaine étape consiste justement à zoomer sur ce troisième pilier, souvent confondu avec le maintien de salaire alors qu’il a une logique distincte.

Mutuelle santé, prévoyance et cas particuliers : comment optimiser concrètement son revenu en arrêt maladie

Dans la pratique, beaucoup de salariés confondent mutuelle santé et prévoyance. Les deux contrats sont parfois gérés par le même organisme, mais ils ne couvrent pas le même risque. La mutuelle complète les remboursements de soins de la Sécurité sociale ; la prévoyance complète la perte de revenu liée à un arrêt de travail, une invalidité ou un décès. Pour viser 100 pour cent du salaire en arrêt maladie, c’est bien la prévoyance qui doit être scrutée ligne par ligne.

Un contrat type prévoit une franchise : il n’intervient qu’après un certain nombre de jours d’arrêt (par exemple 30 ou 60 jours). Avant cette date, seul le tandem IJ + complément employeur joue. Ensuite, la prévoyance verse un complément permettant d’atteindre, selon le contrat, 80 %, 90 % ou 100 % du salaire net. Cette nuance de « net » est essentielle. Certains régimes garantissent 100 % du brut, d’autres 100 % du net imposable, d’autres encore un pourcentage du salaire de référence. Pour un arrêt de plus de 3 mois, cette différence de formulation peut peser lourdement.

Les garanties de prévoyance varient autant que les conventions collectives. Certaines entreprises négocient des régimes très protecteurs, d’autres se contentent du minimum imposé par leur branche. Dans une PME de services, par exemple, un salarié peut découvrir en lisant la notice que la garantie incapacité ne se déclenche qu’après 90 jours, alors que dans un grand groupe industriel, le contrat commence à verser dès le 31e jour, avec un maintien à 100 % du net. Il n’existe pas de norme unique, d’où l’importance de lire les documents et de poser des questions aux RH, même hors de tout arrêt maladie.

Côté mutuelle, l’impact se joue sur un autre terrain. Un arrêt long s’accompagne souvent d’examens complémentaires, de consultations spécialisées, parfois de séjours en clinique. Une complémentaire santé solide permet de réduire les restes à charge, ce qui compense en partie la perte de revenu lorsque le salaire n’est pas totalement maintenu. Certaines mutuelles incluent aussi des services annexes (psychologue, aide à domicile, téléconsultation renforcée) qui peuvent faciliter le retour au travail. À noter cependant : un arrêt prescrit en téléconsultation par un médecin qui n’est pas le médecin traitant ou une sage-femme ne peut pas dépasser 3 jours pour ouvrir droit aux IJ.

Des cas particuliers améliorent nettement l’indemnisation. Les affections de longue durée, d’abord, suppriment le délai de carence de 3 jours côté Sécurité sociale, et parfois aussi le délai de 7 jours côté employeur si la convention collective le prévoit. Cela signifie une indemnisation complète dès le premier jour, ce qui change radicalement le budget sur plusieurs mois. Les accidents du travail et maladies professionnelles vont encore plus loin : pas de carence, taux d’IJ plus élevé (60 % du salaire journalier pendant 28 jours, puis 80 %), complément employeur souvent déclenché immédiatement. Pour un salarié exposé à des risques physiques, la reconnaissance en AT/MP devient donc un enjeu autant financier que médical.

Les agents publics se trouvent dans une situation à part. Depuis les ajustements intervenus en 2025, le régime a évolué : les trois premiers mois d’arrêt maladie donnent lieu à un maintien à 90 % du traitement indiciaire, puis 50 % pendant les neuf mois suivants. Le jour de carence reste fixé à une journée. De nombreux fonctionnaires se tournent désormais vers des mutuelles avec volet prévoyance renforcé, afin de retrouver un niveau de protection plus proche de 100 % sur la durée.

Reste la question des situations hybrides : salarié en CDD, travailleur à temps partiel, bénéficiaire de plusieurs revenus. Les règles d’ouverture de droits aux IJ sont les mêmes, que l’on soit à temps plein ou à temps réduit, dès lors que les seuils de salaire et d’heures sont atteints. La loi ne discrimine pas non plus entre CDD et CDI pour le maintien légal. En revanche, certains statuts comme les travailleurs à domicile, intermittents ou saisonniers sont exclus du maintien de salaire légal et doivent se reposer sur leurs régimes spécifiques et, quand c’est possible, sur une prévoyance individuelle.

Du coup, comment savoir si l’on se situe dans la catégorie des salariés pratiquement couverts à 100 % ou dans celle des personnes très exposées en cas de congé maladie ? Une bonne entrée peut être de se pencher sur ce que prévoit l’entreprise dans d’autres épisodes sensibles de la relation de travail. Un employeur qui se montre précis sur la journée de solidarité ou sur le traitement des jours fériés rémunérés (voir par exemple les analyses sur le 1er novembre et les jours fériés payés) aura souvent mis de l’ordre dans ses garanties d’arrêt maladie. À l’inverse, un environnement flou sur ces questions appelle à une vigilance renforcée.

Enfin, pour ceux qui conjuguent arrêt maladie et projet de rupture de contrat, d’autres paramètres s’ajoutent : report ou non du préavis, indemnités de départ, possibilité de négocier une rupture conventionnelle pendant un arrêt, etc. Même en visant 100 % du salaire pendant la maladie, il serait dommage de négliger ce qui se passe juste avant ou juste après, au moment où la prise en charge par la prévoyance bascule parfois vers l’invalidité ou vers l’assurance chômage.

Stratégies pratiques pour sécuriser 100 % de son salaire en arrêt maladie

Passer de la théorie à la pratique suppose de se projeter dans une situation concrète. Prenons le cas de Karim, salarié en CDI dans une entreprise de logistique, payé 2 200 € bruts, avec 4 ans d’ancienneté. Sa convention collective prévoit un maintien de salaire à 100 % pendant 90 jours, sans délai de carence, et l’entreprise finance une prévoyance qui garantit 90 % du net au-delà de cette période. Lorsqu’un arrêt maladie de deux mois est prescrit, Karim transmet son arrêt sous 48 heures à la CPAM et à son employeur. Grâce à la subrogation, il continue de recevoir chaque mois un virement unique de son employeur, correspondant à son salaire habituel, pendant que l’entreprise récupère directement les indemnités journalières.

A lire également :  Calculer son solde de tout compte : éléments inclus et méthode

Dans ce scénario, le salarié ne subit quasiment pas de baisse de revenu. La combinaison IJ + complément légal + complément conventionnel + prévoyance couvre la totalité de son net. À l’inverse, si Karim travaillait dans une petite structure sans convention collective protectrice ni prévoyance, avec seulement le dispositif légal, il se retrouverait avec 3 jours sans indemnisation, puis environ 50 % du brut entre le 4e et le 7e jour, puis entre 90 % et 66,66 % du brut pour une durée limitée. La différence de trésorerie, dès le premier mois, serait évidente.

Pour maximiser ses chances de se rapprocher de 100 % en cas d’arrêt, une approche méthodique en amont reste la meilleure arme. D’abord en identifiant les « trous dans la raquette ». Si la convention collective ne supprime pas les carences, une prévoyance individuelle peut prendre le relais. Si le maintien légal se limite à 60 jours alors que l’on est exposé à des risques de longue maladie, une vérification attentive des délais et de la durée d’indemnisation de la prévoyance s’impose. Un salarié peut d’ailleurs demander des simulations à son assureur : quel serait le montant versé après 30, 90, 365 jours d’arrêt ?

Ensuite, pendant l’arrêt lui-même, quelques réflexes protègent les droits. Le respect du délai d’envoi de l’arrêt (48 heures) fait partie des incontournables. De même que la vérification de la date de début de l’indemnisation sur le relevé de la Sécurité sociale, et la cohérence de cette date avec le bulletin de salaire. En cas d’hospitalisation ou de sanction de la CPAM pour non-respect des règles (par exemple absence lors d’un contrôle), le montant des IJ peut être réduit, mais l’employeur doit, pour calculer son complément, continuer à se fonder sur le montant intégral théorique des IJ, sans pénaliser le salarié une deuxième fois.

Un point, souvent vu dans les entreprises, concerne la subrogation. En l’acceptant, le salarié laisse l’employeur percevoir les IJ à sa place, ce qui permet à la paie de lisser les versements. Dans les faits, cela évite de jongler entre un virement de la CPAM tous les 14 jours et un virement mensuel de l’employeur. L’expérience montre que cette option réduit les risques de décalage de trésorerie, à condition que l’employeur maîtrise bien les échanges avec la Sécurité sociale. Pour un salarié déjà en difficulté budgétaire, ce simple choix peut faciliter la gestion de l’arrêt.

Autre aspect pratique : le contrôle des bulletins de salaire d’arrêt maladie. Il ne s’agit pas seulement de regarder le net à payer, mais aussi les lignes de détail : montant des IJ brutes, complément employeur, complément de prévoyance, jours indemnisés, jours de carence, éventuelles retenues pour absence. Une baisse de quelques dizaines d’euros peut s’expliquer par les règles de CSG-CRDS sur les IJ ; au-delà, mieux vaut demander un décryptage précis à la paie. Ce contrôle technique rejoint la logique à l’œuvre dans d’autres sujets comme le calcul du solde de tout compte ou la gestion d’un salarié malade pendant son préavis, thèmes déjà largement abordés sur Elite IRP.

Enfin, tout le monde ne souhaite pas rester salarié toute sa vie. Certains envisagent une reconversion, un projet d’entreprise ou une démission pour reprendre des études. Or les périodes d’arrêt maladie interagissent avec l’assurance chômage et la prime d’activité. Connaître les règles sur les mois travaillés pris en compte pour le chômage ou sur la prime d’activité permet de mesurer l’impact d’un arrêt long sur un futur changement de statut. Maintenir son salaire à 100 % pendant l’arrêt, c’est une chose ; éviter un trou de ressources juste après en est une autre.

Au final, viser le maintien intégral de sa rémunération pendant un arrêt maladie n’a rien d’illusoire, mais demande une attitude proactive : lecture, questions aux RH, contact avec l’assureur, vérifications régulières sur sa situation réelle. Mieux vaut s’y pencher alors que tout va bien que sous le poids de la fatigue et des démarches médicales.

Est-il possible de toucher 100 % de son salaire en arrêt maladie uniquement avec la Sécurité sociale ?

Non. Les indemnités journalières de la Sécurité sociale correspondent à 50 % du salaire journalier de base, avec un plafond autour de 42,97 € bruts par jour. Même avec un salaire modeste, ce taux ne permet pas d’atteindre 100 % de la rémunération habituelle. Pour s’en approcher, il faut ajouter le complément légal ou conventionnel de l’employeur, puis éventuellement un contrat de prévoyance qui complète jusqu’à 90 % ou 100 % du net.

La mutuelle santé verse-t-elle un complément de salaire pendant un arrêt maladie ?

En règle générale, non. La mutuelle santé couvre les dépenses de soins non remboursées par la Sécurité sociale (consultations, médicaments, hospitalisation, optique, dentaire). Elle ne compense pas la perte de revenu. Le complément de salaire en arrêt maladie relève soit du maintien de salaire employeur (loi, convention collective, accord d’entreprise), soit d’un contrat de prévoyance. Certaines mutuelles commercialisent cependant des garanties de prévoyance en plus de la complémentaire santé.

Que se passe-t-il si je suis en CDD lors de mon arrêt maladie ?

Les droits d’un salarié en CDD aux indemnités journalières et au maintien légal de salaire sont les mêmes que pour un salarié en CDI, dès lors que les conditions d’ancienneté et de cotisations sont remplies. Le type de contrat (CDD ou CDI) ne change pas la règle. En revanche, la fin du CDD met fin au versement des compléments de salaire par l’employeur, qui ne paie plus de rémunération une fois le contrat terminé. Les IJ de la Sécurité sociale continuent, sous réserve des durées maximales, et la prévoyance peut prendre le relais si le contrat le prévoit.

Qui contacter en cas de doute sur le calcul de mon maintien de salaire en arrêt maladie ?

En première intention, il est recommandé de solliciter le service paie ou les ressources humaines de l’entreprise pour obtenir un détail du calcul (IJ, complément légal, conventionnel, prévoyance). En parallèle, la Sécurité sociale (CPAM ou MSA) peut confirmer le montant et les dates de versement des indemnités journalières. Si un désaccord persiste, un conseil juridique, un syndicat ou un avocat en droit social peut analyser la situation, en tenant compte de la convention collective et des accords d’entreprise.

Les jours de carence ont-ils un impact sur ma retraite ?

Les jours de carence ne sont pas indemnisés, mais ils sont inclus dans la durée totale de l’arrêt pour le calcul des droits à la retraite. Pour les arrêts de courte durée, l’impact est généralement nul. Pour des arrêts longs et répétés, chaque période de 60 jours d’indemnisation ouvre un trimestre de retraite, dans la limite de 4 trimestres par an. Les jours de carence comptent donc dans la durée de l’arrêt, mais n’ouvrent pas d’indemnisation en eux-mêmes.

Julie Lambert

Julie Lambert

Julie Lambert est juriste en droit social. Après dix ans passées à conseiller salariés et élus de CSE, elle décrypte sur Elite IRP l'emploi et le droit du travail en langage clair, avec un souci constant d'exactitude.

Laisser un commentaire