Rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie : est-ce possible ?

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Julie Lambert


Signer une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie surprend souvent, tant les salariés associent l’arrêt de travail à une forme de protection absolue. Le Code du travail ne pose pourtant aucun interdit général : un salarié en congé maladie, y compris de longue durée, peut tout à fait mettre fin à son contrat de travail par une rupture amiable. La clé se situe ailleurs, dans la réalité du consentement, l’impact sur les indemnités et les risques de requalification en licenciement déguisé. Entre le besoin de quitter une situation professionnelle devenue intenable et la crainte de perdre des droits, beaucoup hésitent et manquent d’informations juridiques concrètes.

Le droit du travail encadre pourtant précisément ce dispositif : la rupture conventionnelle reste possible en arrêt maladie, mais l’administration comme les juges scrutent les conditions dans lesquelles l’accord a été signé. Pressions directes ou plus subtiles, rendez-vous fixés en dehors des heures de sortie autorisées par la sécurité sociale, indemnité trop faible, clauses confuses sur la date de fin du contrat… autant de signaux qui peuvent conduire à un refus d’homologation ou à une contestation prud’homale. Dans le même temps, la rupture amiable demeure, pour un salarié épuisé ou usé par la relation de travail, une alternative souvent plus protectrice qu’un abandon de poste ou une démission sèche, à condition de bien en maîtriser les effets sur le chômage, la prévoyance et la santé.

En bref

  • Oui, une rupture conventionnelle en arrêt maladie est autorisée, que la pathologie soit professionnelle ou non, si le consentement est libre et éclairé.
  • Le principal risque tient au vice du consentement (pression, traitement lourd, état psychologique fragile), souvent au cœur des contentieux prud’homaux.
  • L’arrêt de travail peut réduire le salaire de référence servant à calculer l’indemnité, surtout si les trois derniers mois ne sont composés que d’indemnités journalières.
  • La procédure administrative reste la même que pour un salarié en poste, avec un passage obligé devant la DREETS pour l’homologation.
  • En cas d’accident du travail ou maladie professionnelle, une vigilance accrue s’impose pour éviter qu’une rupture amiable ne contourne les garanties du licenciement pour inaptitude.

Rupture conventionnelle et arrêt maladie : ce que permet réellement le droit du travail

Commençons par le plus important : le Code du travail n’interdit pas la rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie. La Cour de cassation l’a rappelé à plusieurs reprises, notamment dans un arrêt du 30 septembre 2014, en jugeant qu’un salarié en arrêt de travail pour maladie non professionnelle pouvait conclure valablement une rupture amiable avec son employeur. La position est désormais bien installée dans la jurisprudence, et confirmée dans des décisions plus récentes.

Concrètement, cela signifie que l’existence d’un arrêt maladie, même long, ne bloque pas la possibilité de négocier une sortie amiable du contrat de travail. Qu’il s’agisse d’un arrêt pour dépression, burn-out, opération lourde, maladie chronique ou simple maladie saisonnière, la loi ne fait pas de distinction automatique. Ce qui compte, c’est la capacité du salarié à comprendre ce qu’il signe et à exprimer un accord sans pression.

Attention à une confusion fréquente : certains pensent qu’un salarié en arrêt serait « protégé » contre toute rupture. Ce n’est pas exact. Un employeur peut engager une procédure de licenciement pendant un arrêt, à condition que le motif soit étranger à la maladie (désorganisation du service, faute grave, motif économique, etc.). En comparaison, la rupture conventionnelle, en ouvrant droit au chômage et à des indemnités au moins équivalentes au minimum légal de licenciement, reste souvent plus favorable qu’une démission, surtout pour un salarié fragilisé par la maladie.

Dans les faits, beaucoup de salariés ignorent aussi que la rupture conventionnelle est envisageable pendant d’autres périodes de suspension du contrat, comme un congé maternité, un congé parental ou un arrêt consécutif à un accident du travail. Là encore, la règle de base ne change pas : l’accord doit être libre, réfléchi et dégagé de tout chantage, même implicite.

Un exemple concret aide à situer les enjeux. Claire, cadre commerciale, est en arrêt depuis quatre mois pour burn-out. Elle ne se voit pas revenir dans l’entreprise, le climat restant conflictuel avec sa hiérarchie. Son manager lui suggère une rupture amiable pour « tourner la page » et lui propose une indemnité de base légèrement supérieure au minimum légal. Juridiquement, une telle rupture est possible. La question n’est pas la légalité, mais la réalité de son consentement, l’adéquation de l’indemnité à son ancienneté et les conséquences sur la suite de son parcours professionnel.

Ce point montre une chose : la licéité de principe ne dispense pas d’analyser la situation concrète. Entre le texte et ce qui se joue dans un bureau, il y a parfois un écart important. C’est dans cet écart que naissent les contestations.

Pour celles et ceux qui veulent comprendre plus largement comment s’articulent les différentes ruptures du contrat (licenciement économique, fin de période d’essai, démission, etc.), des ressources comme la page sur les étapes du licenciement économique permettent de situer la rupture conventionnelle dans l’ensemble des modes de rupture possibles.

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Consentement libre et éclairé : la pierre angulaire de la rupture amiable en arrêt maladie

Le véritable filtre juridique n’est pas l’arrêt de travail lui-même, mais la notion de consentement libre et éclairé. Un consentement libre signifie absence de pression, de menace ou de manœuvre visant à forcer la main du salarié. Un consentement éclairé suppose que la personne comprend la portée de ce qu’elle signe, les droits qu’elle abandonne et ceux qu’elle conserve.

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Les juges et l’administration se montrent particulièrement attentifs sur ce terrain lorsqu’un salarié est en congé maladie. Un traitement médicamenteux qui altère la vigilance, un état dépressif sévère, des troubles cognitifs temporaires peuvent suffire à remettre en cause la validité de la convention. De nombreuses décisions prud’homales ont déjà annulé des ruptures conventionnelles pour ce motif, requalifiant la rupture en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Dans un dossier suivi récemment par un avocat, un salarié hospitalisé en psychiatrie avait signé une rupture amiable quelques jours après sa sortie, sous antidépresseurs et anxiolytiques. Il a expliqué ensuite n’avoir quasiment aucun souvenir de l’entretien, ni compris qu’il renonçait à des droits liés à une éventuelle inaptitude. Les juges ont considéré que son consentement n’était pas éclairé, face à un employeur qui connaissait pourtant son état.

Si vous ne deviez retenir qu’une chose sur cette première partie, c’est la suivante : oui, la rupture conventionnelle en arrêt maladie est légale, mais elle sera examinée à la loupe. La suite logique consiste à regarder ce que cette situation change concrètement en termes de risques pour le salarié.

Risques et précautions lors d’une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie

Dès qu’un salarié est en arrêt, la rupture conventionnelle n’est plus un simple outil de gestion des ressources humaines. Elle devient un terrain de contentieux potentiel. Du coup, mieux vaut anticiper les scénarios plutôt que de signer dans la précipitation. Le risque le plus connu reste le vice de consentement, mais ce n’est pas le seul.

Le vice du consentement peut prendre plusieurs formes. Il y a d’abord la pression directe, plus fréquente qu’on ne le croit : menace de licenciement pour faute imaginaire, allusion à une « mauvaise référence » si le salarié refuse, mise en avant d’une prétendue obligation de signer. Il existe aussi des pressions plus diffuses, comme multiplier les rendez-vous en insistant sur la charge que représente l’absence, ou laisser entendre que l’équipe « ne comprendrait pas » un refus de rupture amiable.

Autre angle de risque : l’état de santé. Un salarié sous traitement lourd, en plein épisode dépressif ou anxieux, n’a pas toujours la capacité de mesurer les conséquences à long terme d’une signature. Les juges examinent alors l’état médical, les certificats, voire les témoignages pour vérifier si l’employeur n’a pas tiré parti d’une faiblesse. C’est d’ailleurs l’un des points que la DREETS peut regarder lors de l’homologation, surtout lorsque la rupture conventionnelle suit de près un arrêt pour burn-out ou syndrome anxio-dépressif.

Les conséquences d’un vice de consentement constaté sont importantes. La convention de rupture peut être annulée, avec, à la clé, une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse, des indemnités prud’homales supplémentaires et, parfois, des rappels de salaire. Côté employeur, la manœuvre supposée « apaiser » la situation finit alors par créer un contentieux plus lourd qu’un licenciement classique.

Pour limiter ces risques, plusieurs précautions pratiques existent. D’abord, ne pas négocier seul. Se faire accompagner par un représentant du personnel, un conseiller du salarié ou un avocat permet d’instaurer un rapport plus équilibré. Sur ce point, l’article dédié au rôle du CSE dans l’accompagnement en entretien, disponible sur Elite IRP sous le titre « le CSE peut-il accompagner le salarié pour tous les entretiens ? », éclaire les possibilités d’assistance.

Ensuite, il est utile de conserver des traces écrites : mails de convocation, brouillons de convention, propositions chiffrées. En cas de litige, ces éléments aident à reconstituer le contexte et à démontrer, ou non, l’existence de pressions. Une simple mention manuscrite sur la convention, du type « lu et approuvé librement », ne suffira jamais à elle seule à prouver le consentement, mais elle s’ajoute au faisceau d’indices.

Le troisième risque tient à la stratégie globale de départ. Un salarié épuisé peut souhaiter « tout arrêter » sans se demander si une inaptitude serait bientôt reconnue par la médecine du travail, ouvrant droit à un régime d’indemnisation plus favorable, ou si un licenciement économique est en préparation dans son service. Dans certains cas, accepter une rupture amiable trop rapide fait perdre des droits que le salarié aurait obtenus quelques semaines plus tard.

Soit dit en passant, rares sont les dossiers où la meilleure option se décide en une seule réunion. Lorsque la situation est tendue, un temps de réflexion, voire un avis externe gratuit comme celui que propose un service d’orientation vers le conseil de prud’hommes, permet souvent d’éviter un accord déséquilibré. La vigilance ne doit pas empêcher toute rupture, mais elle impose de la préparer sérieusement.

La logique de prudence conduit naturellement à la question suivante : quelle est alors la procédure exacte à suivre pour sécuriser une rupture conventionnelle en arrêt maladie, et où se situent les points sensibles du parcours administratif ?

Procédure de rupture conventionnelle en arrêt maladie : étapes, formalités et rôle de la sécurité sociale

Sur le papier, la procédure administrative de rupture conventionnelle ne change pas lorsque le salarié est en arrêt maladie. Les mêmes formulaires, les mêmes délais, les mêmes contrôles s’appliquent. Dans la pratique, quelques ajustements sont indispensables, notamment en lien avec les obligations vis-à-vis de la sécurité sociale et les horaires de sortie autorisés.

Tout commence par l’initiative de la rupture. Elle peut venir indifféremment de l’employeur ou du salarié, aucune forme n’étant imposée. Il reste néanmoins judicieux de formuler cette demande par écrit, par courrier ou par mail, afin de garder une trace de la première approche. À ce stade, aucune justification détaillée n’est exigée par la loi : le souhait commun de mettre fin au contrat de travail suffit.

Vient ensuite l’étape des entretiens. La loi impose au moins un entretien pour discuter des modalités de la rupture amiable. En situation d’arrêt maladie, un point pratique s’ajoute : l’entretien doit, autant que possible, se tenir dans les heures de sortie autorisées par le médecin et par la sécurité sociale. Organiser un rendez-vous en dehors de ces plages, ou exiger un déplacement alors que l’arrêt est assorti d’une interdiction de sortie, augmente le risque de contestation, voire de sanctions par la CPAM si le salarié se déplace malgré tout.

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Durant l’entretien, chaque partie peut se faire assister. Le salarié peut être accompagné par un représentant du personnel ou, en l’absence de CSE, par un conseiller du salarié inscrit sur une liste départementale. L’employeur, lui, ne peut se faire assister que si le salarié fait usage de ce droit. Là encore, en contexte d’arrêt, la présence d’un tiers rassure souvent le salarié et crédibilise la démarche en cas de contrôle de la DREETS.

Une fois les modalités discutées, les parties remplissent et signent le formulaire Cerfa de rupture conventionnelle. Ce document fixe notamment :

  • la date de fin du contrat, qui ne peut intervenir qu’après l’homologation administrative ;
  • le montant de l’indemnité de rupture, qui ne peut pas être inférieur à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement ;
  • les éventuelles clauses particulières (renonciation au préavis, par exemple).

À compter du lendemain de la signature, un délai de rétractation de 15 jours calendaires s’ouvre. Ce délai n’est pas prolongé par une hospitalisation ou un aggravation de l’état de santé. Si le salarié souhaite revenir sur son accord, il doit envoyer une lettre, de préférence recommandée, dans ce délai. Passé ce terme, la convention peut être transmise à la DREETS par voie dématérialisée.

L’administration dispose alors de 15 jours ouvrables pour homologuer ou refuser la convention. En cas de silence, l’homologation est acquise. La DREETS peut refuser l’homologation si elle identifie un problème manifeste, par exemple une indemnité trop basse, une convention signée très rapidement après un accident du travail grave, ou des éléments laissant supposer des pressions. Le refus oblige les parties à reprendre la procédure si elles souhaitent maintenir l’idée d’une rupture conventionnelle.

Dernier point souvent mal compris : l’articulation avec les indemnités journalières de sécurité sociale et l’ARE. Si le salarié est toujours en arrêt maladie à la date de fin de contrat prévue par la convention, la CPAM continue normalement à verser les IJ jusqu’à la fin de l’arrêt. L’allocation chômage ne prendra le relais qu’à la reprise de l’aptitude au travail, sous réserve de l’inscription auprès de France Travail et du respect des conditions classiques d’ouverture de droits.

Un détour par un autre sujet, comme la situation d’un salarié malade pendant son préavis, permet de mesurer une constante : en droit du travail, ce sont les dates de suspension du contrat et les régimes de protection sociale associés qui déterminent l’enchaînement des droits. La rupture conventionnelle n’y échappe pas et doit être calée avec précision sur ces calendriers.

Une fois ce cadre procédural posé, une question très concrète émerge souvent : que devient le montant de l’indemnité lorsque plusieurs mois d’arrêt ont déjà réduit le salaire ?

Calcul des indemnités de rupture conventionnelle en arrêt maladie : impact concret des IJSS

Sur le terrain, l’un des enjeux les plus sensibles tient au montant des indemnités de rupture. La loi prévoit un plancher : l’indemnité versée lors d’une rupture conventionnelle ne peut pas être inférieure à l’indemnité légale de licenciement, ou à l’indemnité conventionnelle si cette dernière est plus avantageuse. Ce minimum joue comme un garde-fou, mais il n’empêche pas certains effets mécaniques de l’arrêt maladie sur le calcul.

En principe, le salaire de référence se calcule en comparant deux méthodes, pour retenir la plus favorable au salarié :

1. la moyenne des trois derniers mois de rémunération brute ;
2. la moyenne des douze derniers mois de rémunération brute.

Lorsque le salarié est en arrêt depuis plusieurs mois, une partie de ces périodes est remplacée par des indemnités journalières de sécurité sociale et, parfois, des compléments de prévoyance. Or ces montants sont souvent inférieurs au salaire habituel, ce qui peut tirer le salaire de référence vers le bas.

Un exemple chiffré permet de visualiser l’effet. Prenons Nathalie, 8 ans d’ancienneté, avec un salaire brut habituel de 2 600 € par mois, en arrêt depuis 8 mois. Pendant son arrêt, elle perçoit 1 750 € par mois au titre des IJ et du complément employeur. Sur les 12 mois précédant la rupture, elle compte 4 mois travaillés à 2 600 € et 8 mois à 1 750 €. Sa moyenne annuelle est donc de [(4 × 2 600) + (8 × 1 750)] / 12, soit 1 967 €. Les trois derniers mois, eux, sont tous à 1 750 €.

Le salaire de référence est donc le plus élevé entre 1 967 € et 1 750 €, soit 1 967 €. L’indemnité minimale, à raison de 1/4 de mois par année d’ancienneté, sera de 1 967 € × 8 × 0,25, soit 3 934 €. Sans arrêt maladie, en prenant 2 600 € comme base, le montant aurait atteint 5 200 €. L’écart, 1 266 €, illustre à quel point un arrêt long peut impacter le montant.

Le tableau ci-dessous récapitule les principaux éléments à prendre en compte :

Élément Règle générale Effet possible de l’arrêt maladie
Salaire de référence Moyenne des 3 ou 12 derniers mois, selon le plus favorable Présence d’IJSS et de compléments de prévoyance pouvant réduire la moyenne
Indemnité minimale de rupture Au moins égale à l’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement Montant calculé sur une base potentiellement plus basse en cas d’arrêt long
Indemnité compensatrice de congés payés Rémunération des jours de congés acquis non pris Les droits à congés continuent de courir sur certaines périodes d’arrêt
Prévoyance Complément éventuel versé pendant l’arrêt tant que le contrat existe Interruption à la date de fin du contrat, sauf portabilité sous conditions

Pour un salarié en arrêt maladie, la question stratégique devient alors délicate : signer maintenant ou attendre une reprise pour reconstituer un salaire plein dans la base de calcul ? Il n’existe pas de réponse unique. Tout dépend de la durée probable de l’arrêt, des perspectives de retour, de la capacité à supporter la situation actuelle et du niveau d’urgence financière.

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Pour certains, attendre quelques semaines de reprise permet d’améliorer sensiblement l’indemnité, notamment lorsque l’arrêt est récent. Pour d’autres, rester dans l’entreprise, même juste sur le papier, aggrave une situation psychologique déjà fragile. Dans ces cas, la priorité est souvent de rompre proprement, quitte à accepter une indemnité légèrement moindre en échange d’une sortie plus rapide et d’une ouverture de droits au chômage.

Les outils de calcul disponibles en ligne, ou les tableaux de synthèse comme ceux dédiés à l’indemnité de licenciement, offrent des repères utiles pour faire des simulations. Ils n’intègrent pas toujours toutes les subtilités de chaque convention collective, mais donnent une première idée des ordres de grandeur. L’essentiel reste de ne jamais signer sans avoir, au minimum, une estimation claire de ce que l’on peut raisonnablement demander.

Ce travail sur les chiffres conduit naturellement à un cas particulier souvent mal compris : l’arrêt lié à une maladie professionnelle ou à un accident du travail.

Cas particulier : arrêt maladie d’origine professionnelle, inaptitude et articulation avec le licenciement

Dès que l’arrêt maladie est lié à un accident de travail ou à une maladie professionnelle reconnue, le droit du travail change légèrement de visage. Le salarié bénéficie alors d’une protection renforcée contre le licenciement, et les règles autour de l’inaptitude deviennent centrales. Dans ce contexte, proposer une rupture conventionnelle n’est pas interdit, mais la démarche est regardée avec une attention particulière.

Imaginons Karim, technicien de maintenance, victime d’un accident de travail sérieux. Après plusieurs mois d’arrêt, le médecin du travail finit par le déclarer inapte à son poste, avec des restrictions fortes de mobilité. L’employeur a alors l’obligation de rechercher un reclassement adapté. Si aucun poste compatible n’existe, un licenciement pour inaptitude d’origine professionnelle peut intervenir, avec une indemnité doublée par rapport à une inaptitude non professionnelle.

Dans ce type de situation, une rupture conventionnelle signée juste avant ou juste après la déclaration d’inaptitude peut être perçue comme une manière de contourner ce régime protecteur. Les juges examinent alors de près les circonstances, le niveau d’information donné au salarié, le contenu de l’indemnité négociée et le calendrier des événements. Une indemnité très faible, couplée à une absence de recherche de reclassement, constitue un signal d’alerte fort.

Pour autant, refuser systématiquement toute rupture amiable lorsqu’un accident du travail est en jeu serait excessif. Certains salariés préfèrent, en pleine conscience, une sortie négociée plutôt qu’un licenciement pour inaptitude, surtout si l’employeur accepte une indemnité supérieure au minimum doublé prévu par la loi. Le tout est d’assumer le choix, après avoir comparé calmement les deux options.

L’administration adopte une approche similaire. Lors de l’homologation, la DREETS peut interroger les parties ou demander des compléments si elle soupçonne une tentative de neutraliser les droits liés à l’origine professionnelle de l’accident ou de la maladie. Ce contrôle n’est pas théorique, il se rencontre régulièrement dans les dossiers remontés par les services d’inspection.

Autre enjeu, plus discret : l’articulation avec la prise en charge par la sécurité sociale et la prévoyance. En arrêt pour maladie professionnelle ou accident du travail, le salarié bénéficie souvent d’indemnités journalières plus favorables, voire d’un complément versé par un organisme de prévoyance. La date de fin de contrat signée dans la convention de rupture vient couper ces flux. Une erreur de calendrier peut donc avoir un impact direct sur le niveau de ressources dans les mois qui suivent.

Dans ce type de dossier, il devient difficile de se passer d’un accompagnement spécialisé, que ce soit un avocat en droit du travail, un défenseur syndical ou un conseiller prud’homal expérimenté. Le moindre détail de procédure peut peser lourd dans l’appréciation finale du juge, qu’il s’agisse d’un vice de consentement, d’un manquement à l’obligation de reclassement ou d’une erreur sur le montant d’indemnité.

En résumé, rupture conventionnelle et arrêt maladie d’origine professionnelle peuvent coexister, mais la barre juridique est plus haute. La discussion doit être menée avec une transparence totale sur les droits en jeu, faute de quoi la convention risque d’être contestée plusieurs mois après sa signature. À ce stade, beaucoup de salariés se demandent alors comment, très concrètement, préparer cette discussion avec l’employeur lorsqu’ils sont encore en arrêt.

Peut-on signer une rupture conventionnelle pendant un arrêt pour burn-out ou dépression ?

Oui, la loi autorise la rupture conventionnelle pendant un arrêt pour burn-out ou dépression, sous réserve que le consentement du salarié soit libre et éclairé. C’est précisément dans ces situations que le risque de vice de consentement est le plus élevé, car l’état psychologique et certains traitements peuvent altérer le jugement. Avant de signer, il est recommandé de vérifier avec le médecin traitant que l’on est en état de prendre une décision, de se faire assister lors de l’entretien et de demander un délai de réflexion réel, au-delà des 15 jours de rétractation légaux.

La DREETS peut-elle refuser une rupture conventionnelle signée pendant un arrêt maladie ?

Oui. Lors de l’homologation, la DREETS examine notamment le respect de la procédure, le niveau des indemnités et, dans certains cas, le contexte médical. Si elle soupçonne une pression liée à l’état de santé, une indemnité manifestement insuffisante ou une tentative de contourner un licenciement pour inaptitude d’origine professionnelle, elle peut refuser d’homologuer la convention. Dans ce cas, la rupture conventionnelle est sans effet et le contrat de travail se poursuit, sauf si les parties décident de reprendre la procédure en corrigeant les points litigieux.

Que se passe-t-il pour les indemnités journalières et le chômage après une rupture conventionnelle en arrêt maladie ?

Si le salarié est encore en arrêt maladie à la date de fin du contrat prévue par la convention, il continue de percevoir ses indemnités journalières de sécurité sociale, éventuellement complétées par un organisme de prévoyance, jusqu’à la fin de l’arrêt. L’allocation de retour à l’emploi (ARE) versée par France Travail ne démarre qu’à partir du moment où le salarié est déclaré apte à reprendre une activité et s’inscrit comme demandeur d’emploi. La rupture conventionnelle ouvre donc bien le droit au chômage, mais avec un décalage dans le temps lorsque l’arrêt se poursuit après la fin du contrat.

Peut-on contester une rupture conventionnelle signée pendant un arrêt maladie après son homologation ?

Oui. Même après l’homologation par la DREETS, le salarié dispose d’un délai de 12 mois pour saisir le conseil de prud’hommes et demander l’annulation de la convention de rupture. Les principaux arguments portent sur l’absence de consentement libre et éclairé, des pressions exercées par l’employeur, la dissimulation d’informations essentielles ou une indemnité manifestement insuffisante au regard des règles légales ou conventionnelles. En cas d’annulation, la rupture peut être requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec des indemnités supplémentaires à la clé.

L’employeur peut-il me licencier si je refuse une rupture conventionnelle pendant mon arrêt maladie ?

Le refus d’une rupture conventionnelle ne constitue jamais une faute. L’employeur ne peut pas vous sanctionner pour avoir refusé de signer. En revanche, un arrêt maladie ordinaire ne bloque pas tout licenciement : il peut engager une procédure si le motif est étranger à la maladie, par exemple une désorganisation durable du service ou un motif économique. En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle, la protection est renforcée et le licenciement devient plus encadré. Là encore, la comparaison entre les effets d’un licenciement et ceux d’une rupture conventionnelle doit être faite calmement, en tenant compte de votre situation médicale et financière.

Julie Lambert

Julie Lambert

Julie Lambert est juriste en droit social. Après dix ans passées à conseiller salariés et élus de CSE, elle décrypte sur Elite IRP l'emploi et le droit du travail en langage clair, avec un souci constant d'exactitude.

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