La journée de solidarité revient chaque année dans les échanges entre directions, services RH et représentants du personnel. Elle se résume souvent à une formule rapide, « une journée de travail en plus, non payée », mais derrière cette image se cache un mécanisme bien plus structuré. Conçue pour financer l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées, elle repose sur un équilibre précis entre temps de travail fourni par les salariés et cotisations versées par les employeurs. Dès que l’on entre dans le détail, les questions s’accumulent : comment choisir le jour, que faire pour un temps partiel, faut-il payer un salarié qui a déjà effectué sa journée ailleurs, comment traiter les absences ou les congés maladie.
Une chose ressort de l’expérience des entreprises accompagnées ces dernières années : la plupart des erreurs naissent d’un flou sur l’origine du dispositif et son inscription dans la législation sociale. Beaucoup le perçoivent comme un simple outil d’aménagement du temps de travail, alors qu’il relève d’un régime d’ordre public, adossé à la Contribution solidarité autonomie et encadré par les articles L3133-7 à L3133-12 du Code du travail. Comprendre cette logique permet de sécuriser les pratiques au quotidien, de la rédaction d’un accord d’entreprise aux échanges avec le CSE. L’objectif n’est pas de transformer chaque responsable RH en juriste, mais de donner des repères opérationnels pour limiter les contentieux et répondre factuellement aux interrogations des équipes.
En bref
- Finalité : la journée de solidarité finance des actions en faveur de l’autonomie, dans une logique de solidarité intergénérationnelle.
- Mécanisme : jusqu’à 7 heures de travail supplémentaires non rémunérées pour les salariés mensualisés, et une contribution de 0,3 % de la masse salariale pour les employeurs.
- Choix du jour : priorité à l’accord d’entreprise, puis à l’accord de branche ; à défaut, décision de l’employeur après consultation du CSE.
- Cas particuliers : temps partiel, forfait jours, changement d’employeur, Alsace-Moselle, DOM, mineurs, absences le jour retenu.
- Enjeux RH : sécuriser la paie, éviter la double journée, articuler le dispositif avec les congés payés, la maladie et la durée annuelle du travail.
Comprendre l’origine de la journée de solidarité et sa logique de solidarité intergénérationnelle
Pour bien appliquer la journée de solidarité, il est utile de revenir à son point de départ et à ce qu’elle change réellement dans la relation de travail. Elle n’a pas été conçue comme une simple mesure de productivité, mais comme une réponse politique et sociale à un événement très concret : la canicule de 2003 et ses conséquences dramatiques sur les personnes âgées dépendantes. La loi n°2004-626 du 30 juin 2004 a posé le principe d’une journée de travail supplémentaire pour financer une meilleure prise en charge de la perte d’autonomie. Cette genèse explique la forte dimension de solidarité intergénérationnelle attachée au dispositif.
Au départ, le gouvernement avait fait le choix d’une date unique : le lundi de Pentecôte, qui perdait son statut de jour férié chômé dans la plupart des entreprises. Très vite, ce choix a généré des tensions, notamment du côté des salariés qui voyaient disparaître un jour de repos sans réelle marge de manœuvre, mais aussi du côté des employeurs obligés d’organiser l’activité dans des secteurs où les partenaires, les clients ou les administrations restaient fermés. La réforme intervenue par la loi du 16 avril 2008 a profondément modifié ce cadre, en rendant au lundi de Pentecôte son caractère de jour férié « classique » et en laissant aux acteurs de l’entreprise la responsabilité d’organiser la journée de solidarité.
Depuis cette évolution, la journée de solidarité est définie comme un volume de 7 heures de travail supplémentaires pour un temps plein, dissocié d’une date fixe. En pratique, cela offre davantage de souplesse : certaines structures continuent à retenir le lundi de Pentecôte pour des raisons d’habitude ou de lisibilité, d’autres préfèrent s’appuyer sur un jour de RTT, un samedi travaillé exceptionnellement, ou un fractionnement d’heures dans l’année. En 2026, par exemple, le lundi de Pentecôte tombe le 25 mai, mais rien n’impose de choisir ce jour plutôt qu’un autre, dès lors que les règles de fixation prévues par le Code du travail sont respectées.
Derrière ce mécanisme, se trouve un circuit de financement précis. Les employeurs versent la Contribution solidarité autonomie (CSA), calculée au taux de 0,3 % de la masse salariale brute, collectée par l’URSSAF. Ces cotisations alimentent la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), qui finance des structures et des dispositifs d’accompagnement des personnes âgées dépendantes et des personnes handicapées. Le principe est clair : les équipes contribuent en temps, les entreprises en argent, dans un cadre de solidarité nationale assumé.
Cette logique peut surprendre certains salariés qui, chaque année, demandent où passe cette journée travaillée sans rémunération supplémentaire. Les directions ont intérêt à expliquer concrètement que la journée de solidarité n’est ni une économie faite sur le dos des équipes, ni un gain direct pour l’entreprise, mais un outil de redistribution encadré par la législation. Les débats restent vifs sur l’efficacité globale du dispositif, mais sur le terrain, il s’impose à tous et doit être traité comme tel, au même titre que les autres obligations sociales.
Pour les organisations qui souhaitent aller plus loin dans la compréhension historique et juridique, un article détaillé sur la mise en place de la journée de solidarité permet de replacer chaque étape dans son contexte. L’enjeu, pour un service RH, n’est pas d’adhérer ou non à la philosophie du texte, mais d’en maîtriser suffisamment les contours pour répondre aux questions et éviter des interprétations erronées, par exemple l’idée qu’un salarié pourrait « refuser » la journée au nom de ses convictions personnelles.
En réalité, le dispositif appartient au bloc d’ordre public social : une entreprise ne peut ni s’y soustraire, ni négocier une suppression globale de la journée de solidarité en échange d’une autre forme de contribution. Les marges se situent uniquement sur la façon de l’organiser et sur la pédagogie autour de sa finalité. C’est sur ce terrain que les acteurs locaux peuvent réellement faire une différence et apaiser les tensions récurrentes.
En résumé, la journée de solidarité n’est pas un simple bricolage de calendrier, mais un pilier de la politique publique d’autonomie. La comprendre comme telle permet de mieux accepter ses contraintes et de préparer plus sereinement son organisation en entreprise.

Cadre légal et obligations des employeurs pour organiser la journée de solidarité
Une fois la finalité comprise, reste la pratique : comment une entreprise choisit-elle le jour retenu, dans quel ordre se prennent les décisions et qu’est-ce qui relève vraiment de la liberté de l’employeur. Le Code du travail encadre ces choix par une hiérarchie de normes assez simple, mais souvent mal appliquée. Commençons par le plus important : la journée de solidarité ne se décide jamais au dernier moment, ni par simple note de service isolée, quand un accord collectif existe sur le sujet.
Concrètement, les modalités d’accomplissement de la journée de solidarité sont d’abord fixées par accord d’entreprise ou d’établissement. Si un tel accord existe et traite de la journée de solidarité, il s’impose. Sauf cas de dénonciation ou de révision, aucune décision unilatérale ne peut venir le contredire. Si aucun accord d’entreprise n’aborde le sujet, il faut vérifier ce que prévoit la convention collective de branche. De nombreuses branches ont encadré, parfois de façon très précise, le choix du jour ou le recours au fractionnement.
Ce n’est qu’en l’absence de tout texte collectif que l’employeur retrouve la main par une décision unilatérale, après consultation du CSE lorsqu’il existe. Cette consultation n’est pas une formalité décorative : elle impose un échange réel, la communication d’informations et un vote, même si l’avis rendu n’a pas de force de veto. Au fait, beaucoup de contentieux tiennent à ce point oublié : une journée de solidarité décidée sans consultation régulière du CSE est contestable.
Pour clarifier les responsabilités, le tableau suivant résume les principaux cas de figure.
| Situation | Texte applicable | Qui décide du jour de la journée de solidarité |
|---|---|---|
| Accord d’entreprise ou d’établissement existant | Accord d’entreprise | Partenaires sociaux de l’entreprise, selon les modalités prévues dans l’accord |
| Pas d’accord d’entreprise, mais accord de branche | Convention ou accord de branche | Employeur, dans le cadre défini par la branche |
| Aucun texte collectif ne traite de la journée de solidarité | Code du travail | Employeur, par décision unilatérale après consultation du CSE |
Une fois cette architecture posée, reste à choisir concrètement la modalité. Le Code du travail ouvre plusieurs voies, que les entreprises combinent parfois :
- le travail d’un jour férié auparavant chômé dans l’entreprise (sauf le 1er mai, intouchable) ;
- la suppression d’un jour de repos octroyé par un accord d’aménagement du temps de travail (RTT, jour conventionnel, etc.) ;
- toute modalité permettant le travail de 7 heures auparavant non travaillées, y compris un fractionnement sur plusieurs jours.
Ce fractionnement séduit de plus en plus de structures, surtout dans les services où l’activité est continue. Par exemple, une entreprise peut décider d’ajouter 14 minutes à chaque journée de travail sur 30 jours pour atteindre les 7 heures, plutôt que de fermer totalement un jour précis. Sur le papier, l’option est souple. Dans les faits, elle nécessite une vigilance accrue sur le suivi du temps de travail, pour éviter de basculer involontairement en heures supplémentaires.
Reste la question des spécificités locales. En Alsace-Moselle, certains jours fériés ont un statut particulier : le Vendredi saint, le 25 décembre et le 26 décembre ne peuvent pas être retenus comme journée de solidarité. Dans les départements d’outre-mer, au contraire, les jours de commémoration de l’abolition de l’esclavage, fériés légalement, peuvent servir de support au dispositif. Les entreprises multi-sites doivent donc accepter l’idée qu’elles n’auront pas nécessairement la même organisation partout.
Une mise en garde mérite d’être soulignée : l’employeur qui change chaque année de modalité sans concertation claire, ou qui présente la journée de solidarité comme un simple jour offert ou récupérable, entretient la confusion et fragilise sa position en cas de contestation. Soit dit en passant, la cohérence sur plusieurs années facilite aussi la vie des équipes paie et la compréhension des salariés.
Pour les structures moins à l’aise avec ces textes, un recours ponctuel à un avocat en droit du travail ou à un expert CSE peut sécuriser la démarche, surtout lors de la première mise en place ou du passage d’un système basé sur le lundi de Pentecôte vers un autre schéma. Une fois les choix formalisés et communiqués, l’entreprise dispose d’une base solide pour gérer plus sereinement les cas individuels.
Rémunération, durée du travail et impact concret sur la paie des salariés
Le terme le plus souvent associé à la journée de solidarité reste « non rémunérée ». Ce raccourci mérite d’être décortiqué, car il ne s’applique pas de la même façon à tous les salariés, ni dans toutes les configurations de paie. Concrètement, la règle la plus fréquente concerne les salariés mensualisés à temps plein : ils travaillent jusqu’à 7 heures de plus dans l’année, sans majoration de salaire ni ajout d’heures supplémentaires. Leur rémunération mensuelle reste strictement identique.
La loi pose une limite claire : seules les 7 premières heures accomplies au titre de la journée de solidarité échappent au régime normal des heures supplémentaires. Au-delà, toute heure travaillée retrouve son régime classique, avec majoration et, le cas échéant, repos compensateur. Pour le dire autrement, la journée de solidarité n’autorise pas l’employeur à « neutraliser » des heures supplémentaires en masse. Elle crée un petit bloc d’heures dérogatoires, précisément encadré.
Pour les salariés non mensualisés, le raisonnement change. Un saisonnier payé strictement à l’heure ou un intermittent doit voir ses heures de travail intégralement rémunérées. Dans cette situation, la journée de solidarité se traduit, pour lui, par un jour rémunéré comme les autres, sans baisse de son taux horaire ni de sa paie globale. L’effort de solidarité se joue ici principalement via la contribution CSA versée par l’entreprise.
L’impact sur la durée annuelle du travail est souvent mal compris. Les 7 heures accomplies au titre de la journée de solidarité viennent s’ajouter à la durée de travail de référence. Une entreprise qui a structuré ses plannings autour de 1 600 heures annuelles doit tenir compte du passage à 1 607 heures. Cette donnée devient décisive lors des négociations sur le temps de travail, les forfaits jours ou les aménagements pluri-hebdomadaires.
Un exemple chiffré aide à fixer les idées. Prenons une entreprise où la durée hebdomadaire est de 35 heures, sur 52 semaines, avec 5 semaines de congés payés. La durée annuelle conventionnelle de 1 600 heures est souvent utilisée comme base. La journée de solidarité impose d’y ajouter 7 heures, soit un total de 1 607 heures. Si l’entreprise opte pour un jour complet, ces 7 heures sont regroupées. Si elle choisit un fractionnement, elles se retrouvent disséminées, mais la logique reste la même.
Du côté des salariés au forfait jours, le dispositif prend une autre forme. La journée de solidarité correspond, non pas à 7 heures, mais à un jour de travail supplémentaire. Un cadre au forfait 218 jours par an passera à 219 jours. Là encore, ce jour ne donne pas lieu à une rémunération supplémentaire, mais il s’intègre dans le forfait. Dans les faits, la plupart des entreprises l’intègrent dans le calendrier annuel en le mentionnant clairement dans la note de service ou l’accord d’entreprise, pour éviter les contestations futures.
Les heures effectuées au titre de la journée de solidarité ne sont pas comptabilisées dans le contingent d’heures supplémentaires, ce qui évite de consommer ce contingent au détriment d’autres besoins de l’entreprise. Attention toutefois à une confusion fréquente : ce statut particulier ne dispense pas de respecter les plafonds quotidiens et hebdomadaires de durée du travail, ni les temps de repos légaux. Une journée de solidarité organisée dans un contexte déjà tendu sur la charge de travail peut devenir un révélateur des limites d’une organisation.
Pour visualiser les différences selon le statut, il est utile de comparer quelques cas types :
Temps plein mensualisé : 7 heures supplémentaires dans l’année, sans majoration ni repos, paie inchangée.
Temps plein non mensualisé : journée payée normalement, sans neutralisation de rémunération.
Forfait jours : +1 jour de travail dans la convention de forfait, sans hausse du fixe.
Temps partiel : proratisation des 7 heures, par exemple 3,5 heures pour un mi-temps.
Les services de paie ont intérêt à documenter ces choix et à conserver les justifications, notamment en cas de contrôle de l’inspection du travail ou de l’URSSAF. À vérifier avant toute démarche de modification des plannings : l’articulation entre la journée de solidarité, les RTT et les accords d’aménagement du temps de travail déjà en place. Un ajustement mal anticipé peut créer, sans que l’on s’en rende compte, un dépassement de la durée maximale hebdomadaire ou un défaut de repos compensateur.
En pratique, la journée de solidarité agit comme un révélateur de la maturité de la gestion du temps de travail dans l’entreprise. Là où les règles sont claires et partagées, elle se déroule sans heurts. Là où la culture du temps de travail est floue, elle cristallise les tensions et multiplie les contestations.
Cas particuliers de la journée de solidarité : temps partiel, changement d’employeur, mineurs, congés et maladie
Les nuances apparaissent vraiment lorsque l’on se penche sur les situations individuelles. C’est là que les « cas particuliers » deviennent le quotidien des RH : salarié à temps partiel, entrée ou sortie en cours d’année, contrats courts, mineurs en formation, arrêts maladie, congés payés chevauchant la date retenue. Du coup, un rappel structuré des règles évite bien des discussions interminables, parfois tendues, avec les équipes.
Pour les salariés à temps partiel, la journée de solidarité se calcule au prorata de leur durée de travail contractuelle. Un mi-temps à 17,5 heures par semaine devra 3,5 heures, un 80 % en devra 5,6. Cette proratisation n’est pas une faveur, c’est l’application stricte de la logique du dispositif. Au-delà de ces heures, toutes les heures supplémentaires suivent le régime habituel des heures complémentaires, avec rémunération et, le cas échéant, majoration.
Les salariés en forfait jours constituent une autre famille de cas particuliers. Ils doivent une journée de travail supplémentaire, intégrée à leur forfait annuel. Certaines entreprises font le choix de la positionner systématiquement sur un jour précis, par exemple le lundi de Pentecôte, d’autres l’intègrent dans un calendrier interne de jours travaillés. Dans les faits, il est recommandé de faire apparaître noir sur blanc ce jour dans la documentation remise au salarié : avis d’intéressement au forfait, note de service, accord d’entreprise.
Un point souvent oublié concerne les travailleurs mineurs. Lorsque la journée de solidarité est fixée un jour férié, ces salariés ne peuvent pas être appelés au travail, la législation interdisant en principe le travail des moins de 18 ans ce type de jour, sauf exceptions sectorielles très encadrées. Dans ce cas, l’employeur doit soit prévoir une autre modalité pour ces jeunes, soit les considérer comme quittes de leur obligation. Laisser planer le doute crée une inégalité de traitement mal vécue par le reste de l’équipe.
Autre situation source de débats : le changement d’employeur en cours d’année. La règle est nette : un salarié n’est tenu d’accomplir qu’une seule journée de solidarité par an. Si, à l’embauche, il indique l’avoir déjà effectuée chez son précédent employeur, le nouvel employeur ne peut pas l’obliger à recommencer sans rémunération supplémentaire. Si, malgré tout, la journée lui est imposée, les heures doivent être payées comme des heures supplémentaires (ou complémentaires pour un temps partiel), et le salarié reste en droit de refuser sans que cela constitue une faute.
La gestion des absences le jour retenu demande aussi des repères clairs. Une absence injustifiée autorise une retenue sur salaire, la Cour de cassation l’a confirmé dès 2008. Il ne s’agit pas d’une sanction pécuniaire, interdite par le Code du travail, mais de la simple conséquence du principe « pas de travail, pas de salaire ». En revanche, un salarié en arrêt maladie ou en congé maternité le jour de la journée de solidarité est réputé avoir rempli son obligation. L’employeur ne peut pas exiger qu’il « récupère » cette journée plus tard.
Les congés payés suivent une logique proche. Si la journée de solidarité tombe pendant la période de congés d’un salarié, le jour de congé reste dû et n’est pas consommé au titre du repos. Dans la pratique, beaucoup d’entreprises préfèrent éviter de caler la journée de solidarité sur une période où une large partie des effectifs est en congé, pour ne pas multiplier les décomptes particuliers.
Une autre catégorie, plus technique, concerne les contrats courts et les intérimaires. Chaque employeur est responsable de la journée de solidarité pour les salariés placés sous son autorité. En intérim, la journée de solidarité s’effectue dans l’entreprise utilisatrice, mais c’est l’entreprise de travail temporaire qui applique les règles de rémunération. D’où l’intérêt d’une communication fluide entre les deux, faute de quoi le salarié se retrouve au milieu d’un flou qu’il n’a pas à gérer lui-même.
Pour ceux qui pilotent ces situations, un rappel régulier des principes à l’ensemble des managers opérationnels évite bien des malentendus. Un responsable de service qui promet à son équipe que la journée de solidarité sera récupérée plus tard crée une difficulté juridique, mais aussi une frustration quand la promesse ne peut pas être tenue. Ici, mieux vaut se faire accompagner qu’improviser des compromis locaux en contradiction avec les textes.
Les cas particuliers montrent surtout une chose : la journée de solidarité ne se gère pas uniquement depuis le service paie. Elle implique une vraie coordination entre RH, managers et, parfois, le CSE, pour concilier contraintes légales, organisation du travail et compréhension des salariés.
Stratégies RH, communication et bonnes pratiques autour de la journée de solidarité
Une fois les règles posées, la différence se joue sur la manière de gérer la journée de solidarité dans le quotidien de l’entreprise. D’un côté, certaines structures se contentent d’une courte note en début d’année, puis improvisent au fil de l’eau. De l’autre, les directions qui anticipent, expliquent et associent les acteurs sociaux obtiennent un climat nettement plus serein. Le contraste est flagrant, en particulier dans les PME où la proximité rend les non-dits encore plus visibles.
Une première bonne pratique consiste à traiter la journée de solidarité dans un cadre plus large de dialogue social sur le temps de travail. Plutôt que d’annoncer simplement « cette année, ce sera tel jour », l’employeur peut présenter plusieurs scénarios aux élus du personnel : maintien du lundi de Pentecôte, bascule vers un jour de RTT, fractionnement, articulation avec les pics d’activité. Ce type de discussion permet aussi de mesurer le ressenti des salariés et d’identifier les secteurs où la contrainte sera la plus lourde.
Sur le plan de la communication, quelques repères simples aident :
- expliquer clairement la finalité de solidarité intergénérationnelle, sans en faire un argument culpabilisant ;
- préciser la modalité retenue, les horaires, l’impact sur la paie et sur les compteurs d’heures ;
- rappeler les cas particuliers (temps partiel, changement d’employeur, forfait jours) dans des fiches pratiques dédiées.
Dans plusieurs entreprises, l’envoi d’un mémo synthétique aux nouveaux entrants au moment de la signature du contrat a permis de réduire nettement les incompréhensions. Ce document peut renvoyer vers un article plus détaillé sur la gestion de la journée de solidarité et ses règles, accessible sur l’intranet ou partagé par les RH. L’idée est simple : anticiper les questions plutôt que d’y répondre en urgence le jour venu.
Les directions qui assument une parole claire s’évitent aussi les demi-messages du type « on verra » ou « on trouvera bien une solution ». Quand la loi impose un cadre, l’affirmer n’est pas une absence de dialogue, c’est au contraire la base d’un échange honnête. Là où tout reste flou, chacun projette sa propre interprétation : certains salariés pensent pouvoir refuser sans conséquence, certains managers croient pouvoir promettre une compensation en jours, et les RH se retrouvent coincés entre les deux.
Un autre levier souvent sous-exploité tient à l’articulation entre la journée de solidarité et la politique de qualité de vie au travail. Certaines entreprises choisissent, par exemple, de coupler cette journée à un temps de formation interne, à des ateliers sur la prévention de la perte d’autonomie ou à des actions de mécénat de compétences auprès d’établissements médico-sociaux. Juridiquement, ces heures restent des heures de travail. Symboliquement, elles permettent de reconnecter la contrainte légale avec la réalité des publics concernés.
Du côté des élus du personnel, la journée de solidarité peut devenir un terrain de pédagogie sociale plutôt qu’un motif de confrontation systématique. En expliquant aux équipes ce qui relève de la loi, de la convention collective ou des marges de négociation locale, les représentants renforcent leur crédibilité. Pas sûr que tout le monde soit d’accord sur l’opportunité du dispositif, mais au moins le débat se fonde sur les mêmes faits.
Enfin, pour les services RH, l’enjeu est de documenter chaque étape : procès-verbaux de consultation du CSE, notes d’information, paramétrage du logiciel de paie, traitement des cas particuliers. Ces éléments servent autant en cas de contrôle que pour assurer la continuité lorsque les équipes changent. La journée de solidarité ne disparaîtra pas du paysage social demain matin ; autant lui donner une place claire et stabilisée dans l’organisation.
Au fond, ce dispositif pose une question simple aux entreprises : comment gère-t-on, collectivement, une obligation légale qui touche au portefeuille des salariés, au temps de travail et à la solidarité nationale. Les réponses, elles, varient largement d’un environnement à l’autre.
Un employeur peut il choisir chaque annee une date differente pour la journee de solidarite ?
Oui, la loi ne fige pas la date. L employeur peut modifier la date ou la modalite d accomplissement de la journee de solidarite d une annee sur l autre, dans le respect de la hierarchie des normes (accord d entreprise, accord de branche, puis a defaut decision unilaterale apres consultation du CSE). Il doit informer clairement les salaries et veiller a la coherence avec les accords sur le temps de travail deja en place.
Les heures de la journee de solidarite comptent elles pour le contingent d heures supplementaires ?
Non, les heures effectuees au titre de la journee de solidarite, dans la limite de 7 heures pour un temps plein (et prorata pour un temps partiel), ne s imputent pas sur le contingent annuel d heures supplementaires. Au dela de ces heures, en revanche, les heures retrouvent leur regime habituel et sont comptabilisees comme supplementaires ou complementaires.
Que se passe t il si un salarie refuse de travailler le jour retenu pour la journee de solidarite ?
Si le dispositif est mis en place conformement au Code du travail et, le cas echeant, aux accords collectifs, le refus injustifie de travailler peut etre considere comme une absence non autorisee. L employeur peut pratiquer une retenue sur salaire et engager, si la situation le justifie, une procedure disciplinaire, en tenant compte du contexte et des explications du salarie.
Un salarie peut il exiger une contrepartie en repos pour la journee de solidarite ?
Non, la logique de la journee de solidarite repose justement sur une journee de travail supplementaire non remuneree et sans contrepartie en repos, dans la limite de 7 heures pour un temps plein. Une entreprise peut toujours aller au dela et accorder un avantage supplementaire, mais ce ne sera pas impose par la loi.
La journee de solidarite s applique t elle aussi dans la fonction publique ?
Oui, un dispositif comparable existe pour les agents publics, avec des textes specifiques et des modalites propres a chaque versant de la fonction publique. Les principes restent voisins, mais l organisation pratique peut differer. Les agents doivent se referer aux circulaires et accords applicables a leur administration ou etablissement.
